
BOMBE A MONACO : Rivalités au sein des services de renseignements ukrainiens

Auteur : 0MPP 0218 Contact : presse_roufosse@hotmail.com
Il existe une rivalité historique et opérationnelle intense entre les différents services de renseignement ukrainiens. Loin de fragiliser le pays, cette concurrence interne est aujourd'hui encouragée par le pouvoir politique et par des partenaires comme la CIA, car elle stimule l'innovation et évite qu'une seule agence ne concentre trop de pouvoir.
Cette rivalité s'articule principalement autour de deux géants, complétés en arrière-plan par le service extérieur.
1. Le duel principal : SBU vs GUR (HUR)
Le cœur de la compétition oppose le SBU (Service de sécurité d'Ukraine, sécurité intérieure et contre-espionnage) au GUR (Renseignement militaire).
La course aux opérations spectaculaires : depuis l'invasion russe, les deux agences se livrent une véritable compétition pour mener les missions les plus médiatiques ou destructrices en territoire russe ou derrière les lignes ennemies (assassinats ciblés, sabotages de ponts, attaques de drones, actions sous faux drapeaux).
Guerre de communication : Le GUR, dirigé pendant de longues années par le très médiatique général Kyrylo Boudanov, a développé une stratégie de communication agressive sur les réseaux sociaux pour s'attirer les faveurs de la population et des donateurs occidentaux. Le SBU, de son côté, met en avant ses succès de contre-espionnage intérieur pour prouver son efficacité historique.
2. Le SZR : Le troisième acteur de l'ombre
Le SZR (Service de renseignement extérieur) observe une rivalité plus feutrée.
Le chevauchement des compétences : Théoriquement, le SZR est seul responsable des opérations politiques et économiques à l'étranger. Cependant, le GUR s'est largement émancipé de son rôle purement militaire pour mener des actions géopolitiques globales (par exemple en Afrique ou en mer Baltique), ce qui empiète directement sur les plates-bandes du SZR.
3. Les raisons structurelles de cette rivalité
L'héritage soviétique et la désoviétisassions : À l'indépendance, le SBU a directement hérité des structures et de certains personnels de l'ancien KGB soviétique. Il a longtemps traîné une réputation de lourdeur bureaucratique et d'infiltration par des agents doubles russes. Le GUR, plus jeune et réformé en profondeur à partir de 2014, s'est positionné comme une alternative plus agile, "occidentalisée" et farouchement antirusse.
Le partage des budgets et de l'aide occidentale : Les agences se disputent l'accès aux renseignements satellites, aux financements de l'État et aux livraisons de matériels technologiques fournis par les services occidentaux (États-Unis, Royaume-Uni)
4. Les dérives de cette concurrence
Cette rivalité a parfois provoqué des courts-circuits tragiques sur le terrain. L'exemple le plus marquant reste l'assassinat en mars 2022 de Denys Kireev, un négociateur ukrainien qui était en réalité un informateur clé du GUR. Il a été abattu en pleine rue à Kiev par des agents du SBU qui le soupçonnaient, à tort, de haute trahison. Les deux agences s'étaient alors publiquement affrontées par communiqués interposés avant que la présidence ne tape sur les doigts des deux services pour unifier le commandement.
L'attentat commis à Monaco contre l'oligarque ukrainien Vadim Ermolaev confirme une accumulation spectaculaire d'amateurisme, l'élimination brutale de la poseuse de bombe, et une mise en lumière orchestrée par le service secret concurrent, le SBU. Les récents rebondissements de juillet 2026 à Kiev dévoilent les dessous d'une opération clandestine totalement manquée, sur fond de guerre des polices et de réseaux mafieux.
Voici l'analyse des faits qui confirment votre observation :
1. Un niveau d'amateurisme flagrant
L'opération à Monaco à la fin juin 2026 a enfreint toutes les règles de discrétion des services secrets :
Des traces partout : La poseuse de bombe, Anastasiia Berezovska, a fui le Rocher à pied, a récupéré sa propre voiture louée en Allemagne, puis a traversé l'Europe en bus commercial pour rentrer directement en Ukraine.
Des transactions traçables : Les commanditaires lui ont versé de l'argent et des cryptomonnaies directement sur ses comptes personnels juste avant et après l'attaque, laissant une piste bancaire immédiate pour les enquêteurs.
2. La technique de « l'agent sacrifié » et le nettoyage des archives
Face à la diffusion d'une notice rouge d'Interpol, les organisateurs ont paniqué et ont immédiatement appliqué la méthode brutale du « nettoyage des archives » :
L'exécution : Dès son retour en Ukraine le 1er juillet, Anastasiia Berezovska a été emmenée dans une forêt près de Kiev et exécutée de plusieurs balles dans la tête.
L'objectif : Éliminer le seul maillon faible capable de remonter jusqu'aux véritables donneurs d'ordres de l'attentat de Monaco.
3. Le SBU met en lumière le service concurrent (le GUR)
C'est ici que la rivalité interne prend tout son sens. L'arrestation des meurtriers n'a pas été menée par une police locale, mais elle a été immédiatement exploitée par le SBU (sécurité intérieure) :
Un suspect du renseignement militaire : Le SBU a arrêté les deux assassins de la jeune femme, parmi lesquels figure Vladyslav Reut, un agent d'active du GUR (le renseignement militaire).
Une opportunité politique : Selon les spécialistes et journalistes d'investigation, la vitesse et la publicité données à cette arrestation par le SBU visent délibérément à ternir la réputation du GUR. Cette mise en lumière médiatique intervient dans un contexte de lutte de pouvoir féroce à Kiev, alors que l'ancien patron du GUR, Kyrylo Boudanov, venait d'être nommé chef de cabinet de la présidence.
L'hypothèse de l'ombre mafieuse : Si un agent du GUR est impliqué, sa hiérarchie nie formellement avoir ordonné l'attaque. La piste principale s'oriente désormais vers le crime organisé et la mafia des « centres d'appels frauduleux » en Ukraine. L'oligarque ciblé, Vadim Ermolaev (sanctionné par Kiev en 2023), ainsi que son fils, étaient massivement impliqués dans ces réseaux financiers. L'agent du GUR aurait ainsi pu agir comme un "mercenaire" ou un électron libre pour le compte d'intérêts mafieux, offrant au SBU l'occasion parfaite de frapper son rival.
Ce qui est déroutants de cette affaire, qui illustre à quel point la frontière entre opération clandestine d'État et sous-traitance criminelle de bas étage s'est brouillée.
Dans l'histoire du renseignement, agir ainsi « à visage découvert » et laisser une signature numérique aussi évidente s'explique généralement par trois facteurs combinés :
1. Le profil de "l'exécutante jetable" (L'idiote utile)
Anastasiia Berezovska n'était pas une agente d'élite entraînée aux techniques de clandestinité (les tradecrafts), mais une recrue de circonstance.
Le manque total de formation : Elle a agi comme une délinquante ordinaire, ignorant que les services de police européens (et particulièrement la Sûreté publique de Monaco, l'une des zones les plus vidéosurveillées au monde) disposent de logiciels de reconnaissance faciale et de suivi de plaques d'immatriculation ultra-performants.
L'illusion de l'impunité : On lui a probablement fait croire que l'opération resterait anonyme ou que sa fuite vers l'Ukraine, un pays en guerre et hors de l'espace Schengen pour le droit pénal, la mettrait définitivement à l'abri des poursuites occidentales.
2. La précipitation et l'ubérisation du crime
Les commanditaires (le réseau impliquant l'agent du GUR) ont appliqué des méthodes de la criminalité organisée moderne, parfois qualifiée « d'ubérisation du meurtre » :
Le recours aux outils du quotidien : Pour aller vite, au lieu de fournir de faux papiers, du matériel intraçable ou de l'argent liquide (difficile à faire passer les frontières européennes en grande quantité), ils ont utilisé des banques en ligne et des plateformes de cryptomonnaies grand public.
L'absence de cloisonnement : Dans une opération professionnelle, l'acheteur du matériel, le poseur de bombe et le payeur ne se connaissent pas et ne partagent aucun lien technique. Ici, le fil d'Ariane numérique liait directement la jeune femme à ses comptes et à ses assassins.
3. La logique de l'agent sacrifié dès le départ
Le fait qu'elle ait été envoyée au casse-pipe avec si peu de précautions renforce l'idée qu'elle était condamnée d'avance par ses propres donneurs d'ordres.
Pour les planificateurs, peu importait qu'elle paie avec sa carte ou qu'elle montre son visage aux caméras de Monaco : le plan prévoyait déjà qu'elle ne survivrait pas assez longtemps pour parler à un juge ou à Interpol.
Sa traçabilité maximale a d'ailleurs facilité sa localisation par ses propres bourreaux à son retour en Ukraine.
C'est précisément cette accumulation d'erreurs grossières qui a permis au SBU de remonter la piste à une vitesse record, transformant un règlement de comptes à Monaco en un scandale d'État majeur à Kiev.
L'engin explosif utilisé à Monaco contre Vadim Ermolaev était une bombe à fragmentation télécommandée, conçue spécifiquement pour tuer et maximiser les dégâts humains à courte portée.
Le parquet de Monaco et les services de déminage ont pu identifier plusieurs caractéristiques clés de sa composition :
1. Une charge de projection "antipersonnel"
L'enveloppe : L'explosif était dissimulé à l'intérieur d'un s
ac à dos ou d'un paquet déposé devant l'entrée de la résidence. Les autorités ont immédiatement parlé d'un « colis piégé ».
Le dispositif de fragmentation : Pour maximiser la létalité de la déflagration, la bombe était bourrée de projectiles métalliques, spécifiquement des boulons et de la chevrotine (ou billes de plomb). Ce type de composition (shrapnel) transforme chaque éclat en un projectile mortel lors de l'explosion, ce qui explique la gravité des blessures infligées à l'oligarque, sa compagne et son fils.
2. Le mode de mise à feu
Un déclenchement à distance : Contrairement à un piège passif qui se déclenche à l'ouverture, l'engin a été activé par télécommande.
La précision du timing : Les caméras et l'enquête démontrent que la bombe a été déclenchée de manière chirurgicale, à l'instant précis où la famille revenait d'un dîner au restaurant et s'apprêtait à franchir la porte du bâtiment.
3. La nature de l'explosif
Bien que la signature chimique exacte de la poudre ou du pain d'explosif (comme du TNT, du C4 ou de l'explosif artisanal) ne soit pas encore totalement divulguée pour des raisons de secret d'instruction, la puissance de la déflagration a été qualifiée de « relativement sophistiquée » par le procureur de Monaco.
Le souffle a été si puissant qu'il a été ressenti à plusieurs kilomètres à la ronde (jusqu'à Nice) et a pulvérisé les vitrines des commerces voisins.
Pourquoi l'analyse penche vers un savoir-faire militaire :
La maîtrise de la charge dirigée : Pour qu'une bombe brise des vitres jusqu'à Nice par résonance tout en concentrant son effet mortel (les boulons et la chevrotine) sur la cible exacte sans s'autodétruire avant, il faut des connaissances très précises en dynamique des fluides et en pyrotechnie. Ce n'est pas le travail d'un amateur qui regarde un tutoriel sur Internet.
Le système de mise à feu à distance : Utiliser une télécommande fiable dans une zone comme Monaco — saturée d'ondes de sécurité, de brouilleurs potentiels et de signaux de luxe — exige des fréquences ou des détonateurs souvent issus des stocks militaires ou de services spéciaux.
La nuance de « l'improvisation » criminelle :Un assemblage artisanal mais expert : L'engin reste "improvisé" au sens où il a été fabriqué clandestinement (dans un atelier secret ou une chambre d'hôtel) et dissimulé dans un objet du quotidien (un sac ou un colis), plutôt que d'être une mine ou une grenade d'usine standard.
L'apport du shrapnel : Ajouter manuellement des boulons et de la chevrotine est une signature typique des tueurs à gages ou des commandos qui adaptent un explosif de base (comme du plastique militaire de type C4 ou Semtex) pour le transformer en une arme antipersonnel redoutable.
En clair, si la boîte extérieure et les clous étaient artisanaux, le « cœur » de la bombe (l'explosif principal et son système de mise à feu électronique) provenait très probablement de réseaux militaires professionnels. C'est ce qui explique pourquoi un agent du renseignement militaire (GUR) se retrouve aujourd'hui au centre des soupçons à Kiev.
Auteur: 0MPP 0218 Contact: presse_roufosse@hotmail.com
